Rétrospective Satoshi Kon

  • Du mercredi 24 novembre 2021
    au dimanche 19 décembre 2021
Rétrospective

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Maître mangaka et cinéaste d’animation fascinant, Satoshi Kon est mort brutalement en 2010 à 46 ans, nous laissant une œuvre certes inachevée mais parmi les plus diffusées et inspirantes de l’histoire culturelle japonaise contemporaine.
Il est né sur l’île Hokkaidô, la plus au nord des îles du Japon, en 1963. Attiré très jeune par les manga et la science-fiction, Satoshi Kon cultive cette passion au lycée et découvre les animés comme Yamato (1974), Conan, le fils du futur (1978), et Mobil Suit Gundam (1979). Son dessein est alors déjà tout tracé : il souhaite devenir mangaka. Mais pas seulement car après avoir dessiné son premier manga, Toriko, en 1985, dans la revue Young Magazine et après s’être occupé des décors dans le film Memories de Katsuhiro Ōtomo (1995), il souhaite désormais créer sa propre œuvre…

C’est en 1997 que l’opportunité se dessine pour le cinéaste : on lui propose d’adapter en film d’animation le roman Perfect Blue de Yoshikazu Takeuchi. Sorti en France en 1999, l’univers de ce film est sombre, anxiogène même. Dans ce thriller maniériste et profondément malsain, l’univers cérébral et l’inconscient, véritables obsessions du réalisateur, éclatent déjà.

Dix ans plus tard, lors de la sortie de son dernier film Paprika (2006), adapté du livre de son écrivain préféré Yasutaka Tsutsui, il réussit ce qu’aucun réalisateur n’avait même tenté d’essayer : exploiter l’œuvre en retransmettant l’esprit. Dans ce film, shot de couleurs épicé, la métamorphose et la plasticité de l’animation ne font qu’un et la différence entre le rêve et le réel s’estompe. On plonge dans l’engrenage mental des songes… On y voit des références évidentes à David Lynch.

Le génie de Satoshi Kon réside aussi en sa capacité à analyser la société dans laquelle il se trouve, tout en augurant son sort. En cela, il s’installe comme un cinéaste du temps. Il offre, en effet, dans Millenium Actress, son deuxième film réalisé en 2001, une double vision du Japon : entre celui d’hier et d’aujourd’hui. Deux journalistes recueillent le témoignage de Chiyoko Fujiwara, une ancienne célébrité du cinéma japonais, qui vit enfermée chez elle. Devant ses hôtes du jour, elle déroule l’histoire de sa vie depuis son adolescence comme si le passé et le futur coexistaient.

La ville de Tokyo et les habitants qui y fourmillent sont le théâtre de jeu des récits du réalisateur. Dans cette même veine, Tokyo Godfathers (2003) – Prix Mainichi du meilleur film d’animation – raconte les aventures d’un enfant abandonné recueilli par un trio de mendiants qui tentent de retrouver la mère du petit. Inspiré Fils du désert de John Ford (1948), ce film plonge dans un Japon cru et peu représenté : loin des villes, des néons et des grands magasins. Les protagonistes le parcourent de bout en bout et on découvre, alors, une société japonaise au bord de l’implosion où le désespoir et le mal-être se sont nichés un peu partout…

Nous profitons du nouveau documentaire « Satoshi Kon, l’illusionniste » de Pascal Alex-Vincent, qui viendra le présenter mercredi 24 novembre, pour déployer une rétrospective de ses quatre chefs-d’œuvre.
Pascal-Alex Vincent dit de lui : “Toute l’œuvre de Satoshi Kon évoque la porosité entre réalité et fiction, entre réel et imaginaire, entre monde éveillé et onirisme, entre rugosité du quotidien et mondes virtuels grisants”.